UT4M 40 Chartreuse : « Le muscle le plus fort est le cerveau »

Samedi 22 aout, 9h. Je m’élance sur le Ut4M 40 km Chartreuse.

« Mais qu’est-ce que je fais là? »

Je n’ai jamais couru plus de 23 km de ma vie. Encore moins en trail et avec un dénivelé positif et négatif de 2500m.

En plus de cela, j’ai laissé tombé mon plan d’entrainement au mois de juillet et au mois d’aout au profit de sorties vélos. Lassée des entrainements spécifiques, j’avais besoin de « liberté » et je l’ai trouvé sur mon vélo! Cela n’a pas été totalement négatif puisque j’ai bien bossé le foncier et le cardio.

A quelques jours du grand départ, je prends cette course comme un défi à relever, n’ayant aucune idée du temps que je vais mettre et ne sachant pas comment mon corps va réagir. L’objectif est de finir avec le sourire, profiter du parcours, du paysage qui va m’entourer pendant de longues heures d’effort.

9h00 : le départ est donné. Ca y est, j’y suis! 

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Le départ est calme, personne ne bouscule : ça change du cross du Mont-Blanc ou de l’ITT 18km. Surtout, je ne fais pas la même erreur à vouloir partir, sous l’euphorie, un peu trop vite. Cette fois ci, je pars très tranquillement. Le parcours commence par une longue montée raide de 12km jusqu’au premier ravito, situé au Habert de Chamechaude. Je sais que de toute façon, sur cette partie, je vais me faire doubler! L’objectif est de garder des forces pour le reste de la journée avec la montée de Chamechaude au 16éme kilomètres et espérer retrouver des forces pour la deuxième partie du parcours avec les descentes et petites montées.

Etant comme dirait Valentin, un « diesel », je suis dans le dur du 1er au 4éme kilomètre. Le coeur monte très haut, la respiration se fait difficile. Je commence à réduire l’allure, à faire de petites pauses. La chaleur se fait déjà ressentir. Je pense à boire toutes les 5/10 mn une petite gorgée.

Je sens que la forme revient dès le 5éme kilomètre, ça me rassure et réconforte pour la suite. Mes douleurs aux lombaires sont néanmoins très fortes. J’arrive enfin au premier col de la course.

Huitième kilomètre : col de la Faita. 

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Après la montée du col, il y a une petite partie de descente, histoire de récupérer un peu pour la suite de la montée jusqu’au Habert de Chamechaude.

Et là, c’est le drame.

Je commence la descente, et prends un chemin droit devant moi. Je ne m’inquiète pas trop de ne voir personne devant moi, on était déjà tous bien étiré. Je me rends seulement compte de mon erreur lorsque j’arrive à une intersection d’un autre chemin, sans balisage ‘Ut4M ».

« Bon bah voilà, tu l’as fait. Tu t’es trompé de chemin ».

Comme si que je n’avais pas assez de dénivelé dans les jambes ! Cette histoire m’a fait perdre 10 mn, rien d’énorme mais j’ai surtout lâché un peu de force, inutilement ! Je récupère le bon chemin et je me reconcentre sur les balisages.

Je pense surtout qu’au kilomètre 12, je serai arrivée au premier ravito où m’attendent Valentin, Perrine et Bruno, de quoi me remotiver et me donner un peu de force pour poursuivre l’ascension.

Sur le chemin, on rencontre des vaches. Tout est si paisible. Il y a vraiment une bonne ambiance parmi les participants, ça fait plaisir. Je suis si « apaisée » que je ne regarde même plus ma montre. Je profite tout simplement. Je me mets à sourire car j’espérais tellement être dans cette situation, et je le suis ! Paris gagné pour le moment.

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Douzième kilomètre : Le Habert de Chamechaude. 1446m D+

En sortant du bois, je reconnais Valentin portant son t-shirt Finisher du Marathon de Paris 2015. Je suis si heureuse d’être ici! J’ai passé la première partie difficile. Le reste devrait passer !

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Je me pose quelques minutes, le temps de remplir mes flasks, refaire le plein de compotes et manger des bouts de pastèque (LE RÊVE!). Je regarde à nouveau le parcours jusqu’au col de Porte où m’attendent Catherine et Pierre, et peut-être Val, Perrine et Bruno (quand je vous disais que j’étais bien supportée !!!). Il y a donc 2 kilomètres de faux plat montant, puis 2 kilomètres de montée de Chamechaude (on ne monte pas jusqu’au sommet!) et enfin, 2,5 kilomètres de descente jusqu’au col de Porte.

Derniers encouragements et c’est reparti pour 6 kilomètres vallonnées.

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Le petit faux plat fait du bien. Je me sens vraiment mieux, je retrouve des personnes que j’avais perdu suite à mon petit hors piste !

On arrive au début de la montée de Chamechaude. Sur la majeure partie de la montée, on croise ceux qui descendent. On leur dit « Bravo », ils nous répondent « Courage ». Je suis une fille qui semble avoir le même niveau que moi. La montée est très raide, on est exposé au soleil tout le long et il fait très très chaud. Je pense toujours à boire régulièrement et mange un peu de compote énergisante pour prendre des forces. Mes lombaires me font horriblement mal, mais on est tous dans un état de souffrance. Il faut faire avec.

« C’est par ici Wendy. »

Hein ? Ca y est ? Je suis arrivée ? 

Oui, l’arrivée n’est pas au sommet de Chamechaude et avec le dénivelé, on ne voit pas où se situe le basculement vers la descente. Alors quand j’entends, c’est ici le sommet, je ne vous raconte pas l’état d’euphorie qui m’envahie. Ce sommet signifit la fin de la longue ascension de 16 km, et surtout le début d’une bonne descente technique comme je les aime. Le sourire n’a jamais été aussi grand !

La descente vers le col de Porte ne me fait pas autant de bien que prévu. Moi qui pensais y prendre du plaisir, je subis plus qu’autre chose. Mes cuisses ne répondent pas et mes pieds hurlent de douleur. J’ai l’impression que mon corps refuse de descendre vite. Je dois rapidement baissé le rythme après plusieurs petites chutes. La fatigue ? Peut-être.

Dix-huitième kilomètre : Col de Porte.

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Je vois, pour mon plus grand bonheur, Valentin m’encourager en bas de la descente. Ils sont tous là pour m’acclamer. Cela fait tellement du bien !

Je retrouve vite le sourire. Je reprends un peu de force et repars de nouveau pour une descente et quelques faux plats en direction du deuxième ravitaillement situé au Sappey en Chartreuse.

Sur cette portion, c’est un mélange de descentes, de petites montées et de faux plats sur 6 km. Je retrouve un semblant de force. J’arrive mieux à dérouler les jambes. Je commence enfin à courir vite. Ca fait un bien fou ! Je me calme aussitôt sur les petites montées, mais tout de même, je me sens bien !

L’arrivée au Sappey en Chartreuse arrive assez vite, pour mon plus grand plaisir.

Vingt-quatrième kilomètres : Le Sappey en Chartreuse – Deuxième ravitaillement

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A ce ravito, je prends le temps de m’asseoir, de changer mes chaussettes (bonjour petites ampoules) et mon t-shirt. Je m’aperçois surtout que mes sences sont vraiment à l’agonie : deux gros trous aux extrémités. Le bonheur !

Concernant l’alimentation, depuis le début de la course, je me nourris de compotes de pommes énergisantes et natures. Un petit sandwich m’a fait du bien au premier ravitaillement, ainsi que quelques morceaux de bananes, de pommes et de pastèques. Rien d’autre ne passe. Je sens bien que mon ventre n’est pas assez nourri, mais tout m’écoeure. Je souhaite que cela change vite au troisième et dernier ravitaillement.

Me voilà partie, de nouveau vers une nouvelle ascension : le fort du St Eynard, que je connais tant ! (mais pas par ce côté là !).

Cette montée me fait beaucoup de mal. Elle s’effectue sous les bois, on ne voit jamais le sommet, et surtout, c’est très raide. Les kilomètres et le dénivelé se font ressentir dans les jambes et dans les muscles. Je ne sens plus mon dos à ce moment précis de la course. Ca me fait à moitié rire, en plus. Je prends mon mal en patience, et je pense, une fois de plus, à Valentin, Perrine et Bruno qui m’attendent en haut du fort, qui doivent se faire plaisir avec la vue !

Vingt-huitième kilomètres : Le Fort du St Eynard. 

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Arrivée. Je suis enfin arrivée. Je viens de passer la dernière grosse montée du jour. Je suis vraiment dans le dur à ce moment là, chaque pas, même en marchant me fait mal. Mais j’essaye de ne pas y penser. Je prends la course kilomètre par kilomètre. On verra par la suite. Bonne nouvelle : j’arrive encore à sourire!

La suite du parcours est simple : 3 kilomètres de descente jusqu’au col de Vence. Mais ici, j’ai encore bien du mal à dérouler les jambes. Je suis parfois même obligée de marcher ou de réduire l’allure à cause de mes douleurs musculaires.

Trente-et-unième kilomètre : Le col de Vence – Troisième ravitaillement

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Ce ravito est le bienvenu. Toute l’alimentation présente dans mon sac (n’allez pas croire que j’ai un supermarché entier à l’intérieur) m’écoeure. Alors la simple vue d’une pomme entière me rend toute hystérique. Mon enthousiasme est de courte durée car après 3 morceaux, je suis écoeurée. Je décide donc de prendre à manger sur moi, et si vraiment ça n’ira pas, je mangerai.. (grossière erreur!)

En partant, je sais que je retrouverai mes proches à l’arrivée, pour ma délivrance. Il ne me reste plus grand chose : une montée jusqu’au Mont Rachais de 2 kilomètres, et ensuite de la descente assez roulante jusqu’à Grenoble, en passant par la Bastille, lieu symbolique. Aucune difficulté apparente !

Et pourtant. Je n’ai plus du tout de force dans les jambes. La montée me parait interminable. Je double quelques personnes, qui me redoublent par la suite, et que je redouble au sommet. C’est pour dire …

Enfin, j’arrive en haut de la montée. Maintenant, ça bascule tout le long jusqu’au 39ème kilomètre et l’entrée au coeur de Grenoble.

Cette descente je la connais par coeur. Je l’ai fait tant de fois à l’entrainement mais aujourd’hui, chaque pas est une pure souffrance. Je trébuche à plusieurs reprises. J’ai du mal à me concentrer, mes lentilles me brulent les yeux. Faut vite que je termine…

Mon ventre hurle sa faim. Mais je n’arrive pas à manger. Rien que l’odeur du sucre me provoque des remontées. J’ai envie de pleurer tellement c’est dur de courir…en descente ! Et moi qui pensait que j’allais pouvoir galoper tranquillement sur cette partie du parcours..

J’arrive au Jalla. A présent, la descente est roulante, c’est presque une autoroute tant on peut dérouler les jambes sans problème. Je croise les premiers randonneurs grenoblois. Ils nous regardent d’un air curieux et semblent parfois même inquiet de constater notre état de fatigue.

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Je descends le deuxième virage et là : je vois un homme avec un grand sourire qui m’ouvre les bras : c’est Valentin. Je verse une petite larme, tellement sa présence me fait du bien. J’étais à deux-doigts de marcher. Il me rebooste un peu.

On arrive enfin à la Bastille. Quel bonheur et quelle souffrance ! Tout le monde nous regarde. On est applaudi. C’est bientôt fini ! YES ! Je vais le faire ! Je vais la passer la ligne d’arrivée !

En commençant la descente, j’aperçois Perrine. Je retrouve un petit peu d’énergie pour courir un peu plus vite. Grenoble s’approche de plus en plus de nous. Quel bonheur !

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« On y est Wen ! Plus que deux kilomètres dans la ville et c’est fini ! « 

Nous voilà enfin à Grenoble. Bruno est en vélo, avec l’une des fameuses pancartes « Wonder Wendy ». Tous m’encouragent, me font rire. C’est un pur bonheur, malgré les douleurs, de vivre ce moment.

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L’entrée dans Grenoble est grandiose. On suit une ligne jaune jusqu’à l’arrivée. Chaque passant m’encourage ou me regarde d’un air dubitatif. Je traverse ces rues que je connais tant, mais j’ai presque l’impression de les redécouvrir.

J’arrive à l’arche indiquant le dernier kilomètre. Une petite larme, encore, s’échappe. Je me sens (déjà) tellement fière d’y être arrivé.

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« On tourne à droite, et au bout de la rue, c’est fini Wendy ! »

« Mais YES. J’y suis là. C’est bientôt là hein? »

Je marche un peu, sentant une contracture aux mollets. C’est tellement dur de courir mais en même temps, j’ai tellement hâte d’arriver ! Je rassemble le peu d’énergie qu’il me reste pour l’entrée du parc.

J’Y SUIS !

A ce moment précis de la course, je ne pense plus à rien à part finir. Je suis si heureuse d’être là !!! Mes proches cirent mon nom, et d’autres accompagnants les suivent. J’ai une entrée triomphante !!! Quelle chance ! J’atteins la dernière ligne droite pour passer la ligne d’arrivée. C’est tellement intense.

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Les larmes envahissent mon visage. Je cherche Val et m’empresse de le prendre dans mes bras.

 Punaise ! C’était dur! C’était long! Mais je l’ai fait ! Je l’ai fait ! J’ai fini! C’est fini…

« Je peux tout faire maintenant ! J’ai fini ! « 

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Cette course est sans hésité la plus belle course à laquelle j’ai participé. Le parcours était magnifique tout en étant exigent. L’ambiance, que ce soit entre les participants, avec les bénévoles ou les accompagnants était plus qu’au rendez-vous.

En rédigeant ce compte-rendu, je suis encore très émue car j’ai passé une merveilleuse course. J’ai souffert à cause de mes douleurs musculaires, de mes lombaires et de nutrition mais j’ai pris du plaisir. Le sourire était toujours là, même dans les coups durs car il y avait toujours quelqu’un pour me soutenir, m’encourager. Le paysage se suffisait de lui-même pour me faire avancer.

Je suis vraiment fière de ma course car à aucun moment, j’ai eu l’idée d’abandonner. Il y a eu des moments très difficiles à gérer, mais je savais que j’allais finir. Peu m’importer le temps, le but était de finir. Et, la (grosse) cerise sur le gâteau : avec le sourire ! C’est bien la première fois que cela m’arrive ! Une bonne progression côté mental !

Je me rends compte que je viens de « loin » ! L’an passé, à la même époque, avait lieu le 10 km de Grenoble. Je n’avais pas osé m’inscrire par manque de niveau et de confiance en moi ! Et cette année, je boucle un marathon en montagne. Comme quoi, tout peut arriver. Evidemment, j’ai travaillé dur pour en arriver là.

Je sais maintenant que ma marge de progression est encore énorme. Qui sait, peut-être que l’an prochain je m’alignerais sur l’UT4M 90 ou que je bouclerai le 40km Chartreuse avec un bien meilleur temps ! Tout est possible !


Je tiens à terminer cet article par des remerciements. Tout d’abord, à remercier Valentin, mon amour, qui n’a cessé de m’encourager, de croire en moi et de me féliciter; mes supporters, qui sont toujours au rendez-vous, et ont su plus que jamais m’encourager et être à mes petits soins ! ; ma coach, qui a réussi à m’envoyer un mail depuis le Gabon en faisant 5 heures de route la veille du départ, sans qui je ne serai pas là aujourd’hui en train d’écrire ce compte-rendu! Et enfin, une note toute particulière à ma famille, qui malgré la distance croit en moi et m’encourage pour aller encore plus loin.

Prochain RDV le 13 septembre à Annecy pour l’Ancilevienne avec Valentin !

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. pullingteethh dit :

    Wow très émouvant récit de course ! Rien qu’à tes photos ça à l’air magnifique, ça fait vraiment rêver =) Je me lance sur du trail (mais par chez moi c’est plus Cévennes / garrigue) pas aussi longs pour le moment mais ton récit donne vraiment envie de se dépasser pour vivre des magifiques moments (quoique douloureux !) comme ça =) Félicitations 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. wendyjaunet dit :

      Merci pour ton message! Le trail c’est vraiment le bon plan pour se dépasser et vivre de moments uniques et magiques comme tu dis 🙂 Bonne continuation 😀

      J'aime

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